Grandes-gueules inventives [texte]

Fin mai, j’ai mis en ligne une chronologie web de la grève étudiante qui a cours au Québec. Celle-ci a eu une jolie petite visibilité médiatique, et j’avais envie d’écrire une courte genèse du projet ainsi que de proposer des pistes qui expliqueraient la viralité de la chronologie.

Genèse
Ce printemps, je cherchais une bonne chronologie web de la grève étudiante qui a cours au Québec. Quelque chose qui soit une collection des contenus créatifs publiés dans le temps autour de la grève. Car, me semblait-il, ceux-ci proliféraient sur Internet et, comme jamais auparavant, on pouvait voir une correspondance entre ces créations virtuelles et la réalité, soient les pancartes et slogans des manifestants.

Ne trouvant pas pareille collection, j’ai d’abord construit ma chronologie comme telle : une collection des vidéos, montages photo, sites et mèmes qui me semblaient avoir marqué l’histoire web du mouvement.

Puis, je me suis rapidement rendu compte que des faits d’actualités étaient aussi requis. Une fois ajoutés, la frise a donc pris la forme d’une chronologie web des contenus créatifs de la grève, appuyés sur une ligne du temps des événements marquants du printemps érable.

Malgré que la somme de travail ait été intense au temps fort de la crise, chaque entrée légitimait la raison d’être de cette chronologie et affirmait sa pertinence.

Pourquoi ça a marché

Je retiens quelques axes qui font que cette frise ait été populaire :

  • Depuis son déclenchement, la grève étudiante est un sujet d’actualité qui enflamme le web québécois. Sa publication au milieu de l’ébullition politique lié à l’adoption de la loi 78 a tôt fait mouche;
  • Cette chronologie de contenus créatifs web de la grève étudiante n’existait pas. Le simple fait que la communauté découvre l’existence d’une telle frise a amplifié son exposition sur les réseaux sociaux;
  • Cette chronologie est également une ligne du temps des événements marquants de la grève étudiante. Ce qui a rajouté au potentiel d’intérêt et de partage de la frise sur Internet;
  • L’outil utilisé, un outil « open source », restait méconnu de la communauté web québécoise. L’expérience usager, qui repose surtout sur le contenu de la frise, était aussi bonifiée par l’apparente nouveauté de sa technologie.
  • Cette ligne du temps est une expérience en soi de « storytelling » axé sur un temps de verbe peu utilisé en journalisme : le présent. Elle offre à mon avis une expérience unique de perspective sur l’actualité qui nous permet d’assister à l’Histoire s’écrivant en temps réel devant nos yeux.
  • L’existence de la chronologie est intimement liée à l’existence de la grève étudiante. Comme cette histoire n’est pas finie, la frise demeure aussi d’actualité.
  • Le fait que cette initiative ait été l’oeuvre d’une seule personne a rajouté au rayonnement de la frise. Indéniablement, le « self-made » web est un concept qui a la cote.

Pour résumer : une bonne idée, un bon timing, une bonne technologie. Un rencontre heureuse sur laquelle s’ajoute une couche de « storytelling » qui fait durer le projet aussi longtemps que la grève persistera.